Le congrès international 2021
de la SITP

a été fait entièrement en ligne

du 6 au 9 janvier 2021


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Témoignages


Heriberto Cabrera Reyes – Professeur - Universidad Católica Silva Henríquez - Chili

 

Je voudrais répondre au défi d´une synthèse personnelle à partir de ma participation aux conférences et aux ateliers du Congrès de la SITP 2021. On m´a suggéré de choisir quelques idées importantes pour ce début d´année.

Mais avant tout un grand merci à tous et à toutes, de manière particulière aux intervenants et organisateurs, nous savons tous combien préparer un exposé demande du temps et de l'énergie. C´est un service que vous rendez et qui nous enrichit tous.

Avec étonnement, je constate que je suis peut-être un des rares sud-américains présents, j´ose espérer que nous ne sommes pas une espèce en voie de disparition, ni une espèce protégée non plus, autant parce que je suis prêtre catholique et parce que je fais de la théologie pratique… ceci-dit, afin d´ajouter une touche d´humour, comme a dit je crois Robert Mager : « pour relativiser l’apparent dureté du moment que nous vivons comme Eglise et société ».

En premier lieu je voudrais revenir sur la conversion, il semble être chemin, visage, dimension de libération… il s´agit de ce travail fait chaque fois que nous acceptons de nous exposer, de travailler sur nos convictions et préjugés. Dans ce chemin de travail théologique, il y a toujours le risque de faire une théologie, selon une épistémologie de type positiviste.

Le chemin de conversion peut prendre la forme d'une sorte de renoncement à tout maîtriser, notamment le processus de personnes et des résultats. Il s´agit là de la dé-maîtrise, comme l´a rappelé Henri Derroitte.

A ce propos, l´expression du Pape François qui dit que le temps est supérieur à l´espace, prend tout son sens. Comme dit Evangelii Gaudium :

    1. "Ce principe permet de travailler à long terme, sans être obsédé par les résultats immédiats. Il aide à supporter avec patience les situations difficiles et adverses, ou les changements des plans qu’impose le dynamisme de la réalité."

Encore à propos de la conversion personnelle, l'homelie comme témoignage de conversion personnelle nous disait François-Xavier, il ne faut pas utiliser la pseudo-humilité comme excuse de la médiocrité, où comme l´a rappelé, pour donner suite à une question de Christophe Singer, Talitha Cooreman-Guittin sur l´importance d’accepter nos fragilités et vulnérabilités, de manière sincère. Cela peut prendre la forme du péché comme rappelait Christophe Singer, une sorte de « handicap » et vulnérabilité dans laquelle nous pouvons tous nous reconnaître. Mais, quel péché? Le péché comme rupture de relation, selon Paul Ricoeur. Nous disait Gabriel Monet, et dans ce sens, ce qui est en jeu c´est notre foi. Sr Honorine nous proposait même de prier pour la conversion.

La fragilité et la vulnérabilité, dans notre manière de faire de la théologie, a été à mon avis excellement présentée par Joël Molinario, qui nous rappelait l´évolution du magistère par rapport aux droits de l´homme. Cette fragilité dans la manière de faire théologie a été aussi brillamment exposée par Arnaud Join-Lambert et Geoffray Legrand, quand ils nous ont expliqué le chemin et l´évolution épistémologique et méthodologique en ThP… comme quoi faire de la théologie oblige celle-ci à avancer, rien ne semble acquis pour toujours : sauf Dieu.  Se remettre en question est une voie qui peut déranger une certaine dogmatique et peut la rendre plus retranchée dans ses certitudes, mais d´une autre part elle rend tellement passionnant et pertinent à continuer à faire de la ThP, qu´elle inspire un agir et une parole plus chrétienne et évangélique.

Nous sommes invités à accepter cette fragilité parce que nous nous reconnaissons en chemin, devant un monde et de personnes qui partagent, d´une manière ou d’autre, la même vulnérabilité. Et cela a beaucoup de sens en ce période de pandémie et de « estallido social » au Chili, dans une Eglise profondément humiliée.

Enfin, il y une grande espérance, parce que ce que nous contribuons, d´une manière ou autre manière, à la Gloire de Dieu, et je rends grâce à Dieu pour ce que vous apportez à ceux qui sont proches de vous, notamment en cette période de crise, car certainement vous, et peut-être aussi moi, j´ose espérer, nous sommes des témoins, des disciples qui ont renoncé à rester à la surface de la réalité, en prenant distance avant de plonger, là où parfois l´unique certitude c´est savoir que nous ne sommes pas seuls.

Je termine avec ce beau texte à la communauté de Philippiens (1, 1.3.6) :

"Paul et Timothée, serviteurs du Christ Jésus, à tous ceux qui sont sanctifiés dans le Christ Jésus et habitent à Philippes, ainsi qu’aux responsables et aux ministres de l’Église."

Je rends grâce à mon Dieu chaque fois que je fais mémoire de vous.

J’en suis persuadé, celui qui a commencé en vous un si beau travail le continuera jusqu’à son achèvement au jour où viendra le Christ Jésus.

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Michele Roselli – Doctorant - Université Laval - Canada

 

Les organisateurs du Congrès m’ont demandé de rédiger quelques mots de « relecture » des jours, des idées et des relations que nous avons partagés, en mettant en évidence deux ou trois intuitions qui fonctionnent comme de phares qui peuvent illuminer l’intelligence (de la) pratique et donner le gout d’aller plus loin.

Je le ferai, évidemment, à partir de mon point de vue, celle d’un néophyte : c’est mon premier Congrès et je fais mes premiers pas dans le domaine de la théologie pratique.
J’organise mes idées autour de trois points et une suggestion.

1. Libération : de quoi parle-t-on ?
L’écoute des diverses interventions, le partage après les conférences et pendant les ateliers, la résonnance dans des pratiques que j’observe et que je vis, m’ont convaincu de l’importance de tenir ouverte la question.

On peut formuler cette question de fond de différentes manières : la notion de libération est universelle, incontestable ? En quel sens ? Comment annoncer/témoigner la libération dans nos sociétés (et Églises) sécularisées, post-modernes ? Est-ce que l’annonce de l’Évangile est destinée seulement à ceux qui ont besoin d’être libérés ? Il n’y a pas de personnes qui sont bien dans leurs peaux, même sans Dieu? Ne risquons pas, parfois, de transformer le « message » évangélique à un « massage »? 

L’investigation du Congrès a ouvert beaucoup de pistes très intéressantes et a stimulé à poursuivre la réflexion pratique.

Tenir ouverte la question sur la notion de libération signifie être conscients qu’il ne s’agit pas uniquement d’une question de revêtement linguistique superficiel, mais plutôt d’un « processus » qui demeure non définie « une fois pour toute », ni « une fois pour tous ». Cette notion demande d’être re-comprise, réinterprétée et redite en gardant la complexité des différents éléments qui sont en jeu.

Or, garder la complexité et l’honorer, demande non seulement de faire la liste des différents éléments (théologiques, anthropologiques, sociaux, psychologiques…) mais aussi, et en même temps, mettre en évidence les relations mutuelles entre ces niveaux.

Dit en d’autres termes, ré-comprendre, réinterpréter et redire la libération demande, entre les autres, quelques attentions.

  • Prendre en compte que ce regard « sotériologique » n’est qu’une manière d’observer le mystère chrétien. Pour le dire avec les mots que Talitha Cooreman-Guittin a utilisés pendant sa conférence, il n’est que l’un des « cadres » à partir desquels on peut exprimer l’expérience du Christianisme. D’autres cadres – complémentaires - sont possibles. Le théologien italien Natale Bussi soutenait, par exemple, qu’il est possible de décrire le Christianisme en mettant en évidence sa structure « dialogique (relationnelle) », « christique », « ecclésiale », « agapica » et « eschatologique ».
  • Comprendre/décrire la libération non seulement à partir de nous, mais aussi à partir des autres, en permettent à chacun de dire « en quoi » et « comment » il se sent sauvé, et « en quoi » et « comment » cette expérience de libération est liée à sa manière de se dire croyant.

2. Pratique de libération et réciprocité
Je retiens l’importance d’interrompre une compréhension unilatérale des dynamiques de libération et de valoriser la réciprocité et la symétrie. En ce sens, la libération est « hospitalière » dans le sens de ce terme que Christoph Théobald met en lumière.

C’est pourquoi, peut-être, il faudrait montrer aussi davantage, dans les pratiques de libération, le coté passif : on est continuellement libéré, on est continuellement destinataires de la libération. La libération est un don à reconnaitre (en soi et dans les autres) avant qu’il soit une tâche à accomplir ; un don qu’on reçoit de Dieu et des autres, de Dieu et par/à travers les autres.

Il s’agit aussi, en d’autres termes, de reconnaitre la dynamique « triangulaire » des pratiques de libération. Elles concernent toujours : Dieu, nous et les autres. Cette dynamique « triangulaire » nous évite le risque d’une « dualité » fusionnelle ou d’une « domination-sur »/« soumission-à » l’autre. Elle remet en première place l’initiative de Dieu (qui est à l’œuvre simultanément en chacun : en nous et dans les autres) et nous demande de nous mettre au service de cette initiative de Grâce : pour la reconnaitre (dans notre vie et dans la vie de chacun) et la seconder.

3. La mission de l’Église et la libération dans le champ de la relation avec l’Autre (qu’est Dieu) et avec les autres
Cela invite à re-comprendre la notion et les pratiques de libération non seulement sur un horizon moral, mais surtout sur l’horizon de la relation et place la dynamique évangélisatrice dans le champ de la rencontre et du dialogue

Une suggestion pour ouvrir…
Je pense que passer le thème du Congres au miroir de la pandémie peut ouvrir quelques suggestions.  La pandémie révèle, dans notre manière de vivre, une fragilité et une vulnérabilité qui nous mettent tous sur le même plan et dévoilent « l’illusion d’être sains dans une monde malade » (Pape François), même si l’on ne le reconnait pas toujours. Dorénavant, nous, tous, ne serons que « des guéris » (Cf. S. Morra).

La pandémie impose la vérité de ce que le Pape répète très souvent : « personne ne peut pas se sauver tout seul ». Cette vérité est un savoir pratique, un présupposé implicite qui conditionne chaque geste et chaque choix et un savoir qui passe par le corps et entre les corps, façonnant les distances et la proximité, transformant les relations et défiant l’intelligence.

 
 

Une société au service de ses membres


La SITP est une association de caractère scientifique.
Elle a pour objet de rassembler les personnes qui, à un niveau universitaire, enseignent ou font de la recherche
en appliquant les méthodes de la théologie pratique ou en faisant l’analyse de ces méthodes.


La SITP poursuit quatre objectifs :

  • 1. Regrouper, sur une base interconfessionnelle chrétienne, les personnes ci-haut désignées qui ont en commun l’usage de la langue française

  • 2. Développer les relations et les échanges entre les chercheurs en théologie pratique

  • 3. Favoriser la diffusion de la recherche en théologie pratique.

  • 4. Organiser périodiquement un Congrès international.

C’est le 30 mai 1992, à Crêt-Bérard (Suisse), qu’est fondée la Société Internationale de Théologie Pratique par les universitaires participant au premier Congrès international œcuménique et francophone convoqué par Bernard Reymond de l’Institut romand de pastorale de l’Université de Lausanne.

Pour la période 2020-2021, le Conseil d’administration de la S.I.T.P. est composé de :

  • Jean-Patrick Nkolo-Fanga, président
    Pasteur de l'Église presbytérienne camerounaise, enseignant en théologie pratique à la Faculté de théologie évangélique de Bangui, extension de Yaoundé, Cameroun et à l'ISPCC. Enseignant associé de l'université catholique d'Afrique centrale. Cameroun.

  • Charbel Kayrouz, secrétaire
    Membre de l’Ordre libanais maronite. Enseignant en théologie pratique et pastorale à la Faculté Pontificale de Théologie à l'USEK et à l'ULS et enseignant en pluralisme religieux et dialogue à l'USEK. Liban.

  • Nadia-Éléna Vacaru
    Professeure adjointe et titutlaire de la Chaire de leadership en enseignement Marie-Fitzbach en pastorale et éthique sociale de la Faculté de Théologie et de Sciences Religieuses de l'Université Laval. Canada.

  • Christophe Singer
    Maître de conférences en théologie pratique, Institut Protestant de Théologie, Faculté de Montpellier. Pasteur de l’Église protestante unie de France. France. France.

  • Talitha Coorman-Guittin
    Chercheure à l'Institut RSCS (UCLouvain - Belgique) et chargée de cours en théologie à l'Unistra - Strasbourg. France.

  • Heriberto Cabrera Reyes
    Professeur - chercheur à l'Instituto Teologico Egidio Vigano de l'Universidad Católica Silva Henriquez. Chili.

  • Sylvain Roy
    Bénévole au service de la paroisse Saint-François-Régis de Baie-Johan-Beetz. Doctorant à l'Université Laval. Canada.

    La théologie pratique

    La théologie pratique désigne une recherche contemporaine qui construit progressivement son objet en s’appuyant sur l’analyse critique des pratiques croyantes, définissant ainsi un lieu épistémologique propre : la communication du message évangélique via ses multiples expressions et version dans le monde aujourd’hui.

    « La théologie pratique fait partie intégrante de l’ensemble des domaines théologiques. Néanmoins, le fait qu’elle se situe au confluent de deux univers (la pratique et la théorie) lui donne une coloration particulière. Car saisir une pratique et en rendre compte d’une façon adéquate exige non seulement une bonne connaissance empirique du sujet, mais une solide préparation pour l’interprétation des données.

    La théologie pratique actuelle se présente sous deux modalités complémentaires : soit comme une discipline spécifique de la théologie, orientée vers le champ des pratiques religieuses dans l’Eglise et dans la société, soit comme une approche théologique globale dominée par la référence à la praxis des croyants. La caractéristique commune aux deux approches réside dans le fait d’être transdisciplinaire, c’est-à-dire en dialogue avec les autres domaines de la théologie et avec les sciences humaines ».

    G. Routhier et Marcel Viau