Un commentaire du Congrès de la SITP à Fribourg, 30 mai au 5 juin 2018
« Tout, tout de suite – Parole de Dieu et médiations chrétiennes dans une culture de l’immédiateté »

Ce que j’ai retiré de ces journées

Elisabeth Parmentier


Dans le cadre champêtre jouxtant la ville de Fribourg, la maison Notre-Dame de la Route a offert un environnement idéal à la réflexion et à la rencontre des théologien-ne-s pratiques de différents continents et contextes culturels.

L’organisation en réunions plénières sous forme de partages d’expérience ou de conférences et l’alternance, par demi-journées, avec trois séries de trois ateliers en parallèle paraissait au départ extrêmement dense et risquait de mener à une juxtaposition d’exposés confinés chacun dans son propre univers de pensée. Or il n’en fut rien !. J’ai été surprise de constater que malgré la diversité des présentations et de leur angle d’analyse et d’approche, il n’en a pas résulté un émiettement de la problématique, mais plutôt un renforcement constant des difficultés du sujet.

Ces approches diversifiées n’ont pas constitué simplement un jeu intellectuel, mais m’ont vraiment permis de comprendre où se situe la difficulté de la TP aujourd’hui.

Le thème, bien défini dans le sous-titre « Parole de Dieu et médiations chrétiennes dans une culture de l’immédiateté » me paraissait de l’ordre de l’évidence pour notre discipline, puisque nous sommes en permanence taraudés par la question de la meilleure manière de faire partager l’expérience d’un Dieu qui se révèle à l’humain à travers les réalités de son humanité et de sa finitude. Donc : comment le faire pressentir ?

Mais j’ai réalisé grâce à ce Congrès, que trois niveaux de profondeur se superposent, et que l’on risque de se focaliser seulement au premier alors que le temps présent réclame davantage de notre créativité et de notre théologie.

Le niveau 1 est celui que nous travaillons couramment : comment les médiations humaines transmettent quelque chose de la révélation de Dieu. Le Congrès en a exploré de nombreuses facettes classiques : les rites, la liturgie, l’espace et l’architecture, les textes bibliques, mais aussi le silence, la beauté, l’art… et la question de nouveaux lieux et types de médiation n’a pas manqué d’être abordée.

Mais précisément, ce niveau 1, encore faut-il que les contemporains s’y intéressent !

D’où la nécessité de travailler au niveau 2 : les médiations des médiations ! Quelles médiations secondes trouver pour intéresser les contemporains aux médiations chrétiennes, dans un temps où les approches ecclésiales ou même seulement teintées de christianisme sont désavouées? C’est l’enjeu actuel de la TP.

Le niveau 3 est encore plus fondamental : l’enjeu n’est pas tant le « comment » des médiations que le « pourquoi » ou plutôt le « pour quoi? » : pour quelle finalité les humains ont-ils besoin de médiations pour discerner les traces de Dieu? Beaucoup recherchent et affirment bien plutôt l’expérience immédiate et la capacité d’y accéder par soi-même. Mais dans ce cas, pourquoi faudrait-il des médiateurs?

Cette question est vitale et encore peu formulée. L’on y voit souvent une simple question d’orthodoxie ou d’orthopraxie. Bien plutôt, l’actualité montre que les médiations de la révélation de Dieu sont indispensables à l’être humain qui reconnaît ainsi qu’il n’est pas Dieu lui-même, qu’il ne maîtrise pas la révélation. Le potentiel fanatique peut être ainsi au service de l’interprétation.

Notre monde a sans doute besoin de telles ré-humanisations.

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Une société au service de ses membres


La SITP est une association de caractère scientifique.
Elle a pour objet de rassembler les personnes qui, à un niveau universitaire, enseignent ou font de la recherche
en appliquant les méthodes de la théologie pratique ou en faisant l’analyse de ces méthodes.


La SITP poursuit quatre objectifs :

  • 1.
    Regrouper, sur une base interconfessionnelle chrétienne, les personnes ci-haut désignées qui ont en commun l’usage de la langue française

  • 2.
    Développer
    les relations et les échanges entre les chercheurs en théologie pratique

  • 3.
    Favoriser
    la diffusion de la recherche en théologie pratique.

  • 4.
    Organiser
    périodiquement un Congrès international.

C’est le 30 mai 1992, à Crêt-Bérard (Suisse), qu’est fondée la Société Internationale de Théologie Pratique par les universitaires participant au premier Congrès international œcuménique et francophone convoqué par Bernard Reymond de l’Institut romand de pastorale de l’Université de Lausanne.

Pour la période 2018-2020, le Conseil d’administration de la SITP est composé de :

  • Jean-Patrick Nkolo-Fanga, président
    Pasteur de l’Église presbytérienne camerounaise, enseignant en théologie pratique à la Faculté de théologie évangélique de Bangui, extension de Yaoundé, Cameroun et à l’ISPCC. Cameroun.

  • Charbel Kayrouz, secrétaire
    Membre de l’Ordre libanais maronite. Enseignant en théologie pratique et pastorale à la Faculté Pontificale de Théologie à l’USEK et à l’ULS et enseignant en pluralisme religieux et dialogue à l’USEK. Liban.

  • Olivier Bauer
    Professeur à l’Institut Lémannique de théologie pratique, Université de Lausanne. Suisse.

  • Catherine Chevalier
    Formatrice au Centre Universitaire de théologie pratique et chargée de cours invitée (UCL). Responsable du service de la formation au Vicariat du Brabant wallon. Belgique.

  • Emmanuel Kupenza
    Pasteur baptiste et doctorant à l’Université protestante au Congo – département de théologie pratique. Congo.

  • Isabelle Morel
    Maître de conférence, Théologicum, Institut catholique de Paris. Directrice adjointe de l’Institut Supérieur de Pastorale Catéchétique (ISPC). Responsable du service de formation du diocèse de Besançon. France.

  • Christophe Singer
    Maître de conférences en théologie pratique, Montpellier. Pasteur de l’Église réformée de France puis de l’Église protestante unie de France. France.

  • Yves Guérette, Organisateur du Congrès de 2020 à Québec, Canada
    Professeur et titulaire de la chaire de leadership en enseignement en éducation de la foi de la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l’Université Laval. Canada.

    La théologie pratique

    La théologie pratique désigne une recherche contemporaine qui construit progressivement son objet en s’appuyant sur l’analyse critique des pratiques croyantes, définissant ainsi un lieu épistémologique propre : la communication du message évangélique via ses multiples expressions et version dans le monde aujourd’hui.

    « La théologie pratique fait partie intégrante de l’ensemble des domaines théologiques. Néanmoins, le fait qu’elle se situe au confluent de deux univers (la pratique et la théorie) lui donne une coloration particulière. Car saisir une pratique et en rendre compte d’une façon adéquate exige non seulement une bonne connaissance empirique du sujet, mais une solide préparation pour l’interprétation des données.

    La théologie pratique actuelle se présente sous deux modalités complémentaires : soit comme une discipline spécifique de la théologie, orientée vers le champ des pratiques religieuses dans l’Eglise et dans la société, soit comme une approche théologique globale dominée par la référence à la praxis des croyants. La caractéristique commune aux deux approches réside dans le fait d’être transdisciplinaire, c’est-à-dire en dialogue avec les autres domaines de la théologie et avec les sciences humaines ».

    G. Routhier et Marcel Viau